Je continue d’être affligé par la quasi unanimité à gauche pour défendre le régime de propriété intellectuelle, à chaque fois que l’IA lui fait une nouvelle offense.
Pourquoi défendre ainsi une pénurie entièrement artificielle, avec tout ce que ça implique d’effets négatifs, plutôt que de s’appuyer sur son obsolescence de plus en plus manifeste pour faire avancer un agenda progressiste, tel qu’un système socialisé de rémunération des artistes, un revenu universel, la réduction de la durée de protection des brevets (voire leur extinction), etc. ?
Ce n’est pas comme si le système actuel réussissait si bien aux artistes et aux petits créateurs qui défendent paradoxalement un système qui les exploite : l’immense majorité des revenus sont captés par une poignée de privilégiés quand l’essentiel des autres tirent le diable par la queue, doivent avoir un autre job ou accepter de travailler dans des conditions iniques pour espérer seulement survivre. Dans le même temps, et grâce à cette dynamique perverse, les Disney, Microsoft et Pfizer de ce monde profitent de ce paravent moral pour se gaver de profits en verrouillant artificiellement des idées derrière une barrière légale, privant le reste du monde d’innovation rapide, de médicaments à bas prix, de contenu scientifique ouvert…
Évidemment, ça ne signifie pas que Openai agit correctement. Loin de là : leurs abus sont flagrants et manifestes. Mais diagnostiquer correctement leur abus de pouvoir (et celui de leurs concurrents) n’aboutit pas nécessairement à la conclusion qu’il faille défendre la propriété intellectuelle. Rien n’empêche de prendre la voie opposée, et d’exiger que ces systèmes soient dans le domaine public, puisqu’ils sont le résultat de la compilation des idées disponibles publiquement
Je parle bien sûr d’IA, puisque c’est l’actualité, avec la Ghiblification virale qui s’est répandue partout ces derniers jours, mais en réalité je ne vois pas de domaine où la restriction artificielle de la diffusion des idées puisse être bénéfique, et je défends son abolition depuis près de 25 ans
Il faut se souvenir que la propriété intellectuelle émerge à une époque où le principal obstacle à la diffusion d’une idée, c’est sa diffusion matérielle : la copie ou l’impression des idées, et sa distribution physique. Cette contrainte matérielle rendait socialement utile la propriété intellectuelle, créant un incitatif pour sa diffusion, en rémunérant la vente du médium. (The statute of Anne, premier acte législatif protégeant la propriété intellectuelle date de 1710). Mais nous ne vivons plus dans ce monde là, depuis quelques années déjà. Cette contrainte matérielle n’existe pratiquement plus, et le mécanisme qui visait à la contrebalancer ne sert plus qu’à maintenir la domination artificielle de quelques puissants sur l’ensemble du reste d’entre nous De la même façon que les “mom and pop” propriétaires d’immeubles à revenus servent (généralement à leur insu) de cache-sexe aux landlord corporatifs outrageusement abusifs, les petits créateurs qui peinent à joindre les deux bouts servent (généralement à leur insu) de cache-sexe aux abus de Disney, Monsanto, aux prix délirants des médicaments ou des revues scientifiques.