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    <title>Littérature on /dev/random</title>
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    <description>Recent content in Littérature on /dev/random</description>
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      <title>/dev/random</title>
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    <generator>Hugo -- 0.149.1</generator>
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    <lastBuildDate>Mon, 03 Mar 2025 15:36:46 -0500</lastBuildDate>
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    <item>
      <title>Les voyageurs de l&#39;impériale</title>
      <link>https://log.2027a.net/posts/les-voyageurs-de-limp%C3%A9riale/</link>
      <pubDate>Mon, 03 Mar 2025 15:36:46 -0500</pubDate>
      <guid>https://log.2027a.net/posts/les-voyageurs-de-limp%C3%A9riale/</guid>
      <description>&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Avoir stupidement cru à quarante ans passés, à cette invention romanesque, à cette folie de l&amp;rsquo;amour. Il ne se le pardonnait pas. Ni aucune de ces pensées burlesques et délirantes auxquelles il s&amp;rsquo;était laissé aller. Tout d&amp;rsquo;un coup. Comme un nageur qui perd pied dans les rêves. Tout ce qu&amp;rsquo;il savait de la vie, toute l&amp;rsquo;expérience coûteuse des années, toute la science atroce des choses quotidiennes, il l&amp;rsquo;avait brusquement oublié, plus qu&amp;rsquo;oublié, mieux que désappris, plus profondément ignoré à nouveau que s&amp;rsquo;il ne l&amp;rsquo;avait jamais su. Négligeant les données pesantes de l&amp;rsquo;existence, comme des chaines tombées, il avait imaginé une aventure enfantine, un monde fantastique, ou Blanche et lui se rejoignaient comme dans les chansons, comme si les gens n&amp;rsquo;avaient pas été stupides, laids, menteurs, l&amp;rsquo;amour une chiennerie, la société un traquenard, un piège immense d&amp;rsquo;où l&amp;rsquo;on ne sort pas.&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p>Avoir stupidement cru à quarante ans passés, à cette invention romanesque, à cette folie de l&rsquo;amour. Il ne se le pardonnait pas. Ni aucune de ces pensées burlesques et délirantes auxquelles il s&rsquo;était laissé aller. Tout d&rsquo;un coup. Comme un nageur qui perd pied dans les rêves. Tout ce qu&rsquo;il savait de la vie, toute l&rsquo;expérience coûteuse des années, toute la science atroce des choses quotidiennes, il l&rsquo;avait brusquement oublié, plus qu&rsquo;oublié, mieux que désappris, plus profondément ignoré à nouveau que s&rsquo;il ne l&rsquo;avait jamais su. Négligeant les données pesantes de l&rsquo;existence, comme des chaines tombées, il avait imaginé une aventure enfantine, un monde fantastique, ou Blanche et lui se rejoignaient comme dans les chansons, comme si les gens n&rsquo;avaient pas été stupides, laids, menteurs, l&rsquo;amour une chiennerie, la société un traquenard, un piège immense d&rsquo;où l&rsquo;on ne sort pas.</p></blockquote>
<p>Louis Aragon</p>
]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Lettre à sa Magnificence le Baron Jean Mollet  Vice-Curateur du Collège de &#39;Pataphysique sur les truqueurs de la guerre</title>
      <link>https://log.2027a.net/pages/truqueurs-de-guerre/</link>
      <pubDate>Thu, 25 Jun 1959 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://log.2027a.net/pages/truqueurs-de-guerre/</guid>
      <description>&lt;p&gt;&lt;img alt=&#34;AI dreams&#34; loading=&#34;lazy&#34; src=&#34;https://log.2027a.net/img/ai-dream-1.png&#34;&gt;
L&amp;rsquo;on s&amp;rsquo;en doutait parfois, comme je ne saurais l&amp;rsquo;apprendre à Votre
Magnificence, mais le doute n&amp;rsquo;est plus possible ; le moment est venu de le dire
au grand jour ; la guerre est truquée. Quelle guerre ? Je n&amp;rsquo;en mets aucune
spécialement en cause ; à mon avis, il n&amp;rsquo;y en a pas encore eu une bonne, et
l&amp;rsquo;on verra pourquoi. Il me semble, et c&amp;rsquo;est tout, utile et urgent d&amp;rsquo;attirer
l&amp;rsquo;attention des bons citoyens sur le mauvais usage que l&amp;rsquo;on fait de leurs
deniers.&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><img alt="AI dreams" loading="lazy" src="/img/ai-dream-1.png">
L&rsquo;on s&rsquo;en doutait parfois, comme je ne saurais l&rsquo;apprendre à Votre
Magnificence, mais le doute n&rsquo;est plus possible ; le moment est venu de le dire
au grand jour ; la guerre est truquée. Quelle guerre ? Je n&rsquo;en mets aucune
spécialement en cause ; à mon avis, il n&rsquo;y en a pas encore eu une bonne, et
l&rsquo;on verra pourquoi. Il me semble, et c&rsquo;est tout, utile et urgent d&rsquo;attirer
l&rsquo;attention des bons citoyens sur le mauvais usage que l&rsquo;on fait de leurs
deniers.</p>
<p>C&rsquo;est le hasard d&rsquo;une rencontre qui m&rsquo;a mis la puce à la cervelle. Obligé,
récemment, de laisser au garage mon char à essence (la paresse, je crains)
j&rsquo;eus l&rsquo;idée, pour gagner le lieu clos où je travaille, dans un silence
approximatif, à préparer la mise en conserve de ces aliments spécifiques de
l&rsquo;oreille, les vibrations musicales, j&rsquo;eus, disais-je, l&rsquo;idée de prendre
l&rsquo;autobus. Il n&rsquo;était pas fort encombré et c&rsquo;est ainsi que je trouvai place
vis-à-vis d&rsquo;un homme âgé. Son âge était-il respectable ? Je n&rsquo;ai pas accoutumé
de respecter ou de mépriser ; je choisis plutôt parmi cette gamme de sentiments
qui vont de l&rsquo;amour à la haine en passant par les degrés de l&rsquo;affection, de
l&rsquo;indifférence et de l&rsquo;inimitié. Bref, j&rsquo;étais en face d&rsquo;un homme de
soixante-neuf ans, nombre pour lequel je n&rsquo;éprouve non plus aucun respect
particulier ; il n&rsquo;est, à tout prendre, qu&rsquo;un symbole et je n&rsquo;en suis point,
j&rsquo;en remercie Votre Magnificence, à m&rsquo;effrayer d&rsquo;un symbole qui restera, quelle
que soit la force de l&rsquo;éruption, sous mon entière domination.</p>
<p>Pour en venir au fait, le revers du veston de ce vieil énantiomorphe de
moi-même portait quelques fragments de rubans colorés, noués à la boutonnière ;
curieux de nature, je me permis d&rsquo;en demander l&rsquo;usage.</p>
<p>&ndash; Celui-ci, me dit-on, est la Médaille militaire. L&rsquo;autre, la Croix de Guerre.
Et voici la Légion d&rsquo;honneur de Lyon. La rosette.</p>
<p>&ndash; Je ne vois ni médaille ni croix, observai-je, mais de jolis galons de
couleur. Serait-ce qu&rsquo;il y eut une guerre et que vous&hellip;</p>
<p>&ndash; Quatorze-Dix-huit, fit-il, me coupant la parole, mais sans insolence.</p>
<p>&ndash; Je m&rsquo;exprime mal, repris-je, seriez-vous revenu de la guerre ?</p>
<p>&ndash; Sans une égratignure, jeune homme.</p>
<p>La canaille semblait s&rsquo;en vanter.</p>
<p>&ndash; Voulez-vous me dire, poursuivis-je (d&rsquo;un ton que j&rsquo;avais quelque peine à
modérer), que cette guerre de Quatorze a été mal faite ?</p>
<p>Magnificence, je passe sur la suite de ce colloque. Il devait m&rsquo;apporter cette
triste certitude : oui, on nous trompe ; oui, les guerres sont mal faites ;
oui, il y a des survivants parmi les combattants. Oh ! j&rsquo;imagine que Votre
Magnificence va hausser les épaules. Il s&rsquo;emporte, pensera-t-Elle, avec un
léger sourire et ce mouvement du chef que je connais bien. Il se fait des
idées&hellip; On lui aura monté le bourrichon&hellip; Eh bien non. J&rsquo;ai fait mon enquête
; elle est concluante. La vérité est affreuse : toute noire avec du rosé en
plaques ; la voici : à chaque guerre, des milliers de combattants reviennent
sains et saufs.</p>
<hr>
<p>Je me garderai d&rsquo;insister sur le danger psychologique de ce triste état de
choses : il est précis, colossal, monstrueux ; l&rsquo;individu qui revient d&rsquo;une
guerre a, obligatoirement, plus ou moins l&rsquo;idée qu&rsquo;elle n&rsquo;était pas dangereuse.
Ceci concourt à l&rsquo;échec de la suivante, et ne fait pas prendre au sérieux les
guerres en général. Mais ce ne serait rien. Le combattant qui ne s&rsquo;est pas fait
tuer garde en lui-même une mentalité de raté ; il aura à cœur de compenser
cette déficience et contribuera donc à préparer la suivante ; or comment
voulez-vous qu&rsquo;il la prépare bien, puisqu&rsquo;il s&rsquo;est tiré de la précédente et que
par conséquent, du point de vue de la guerre, il est disqualifié ?</p>
<p>Mais je le répète, je ne traînerai pas sur l&rsquo;aspect intérieur de la chose. Le
côté social est plus grave. Voici, Magnificence, ce à quoi l&rsquo;on utilise
l&rsquo;argent que vous versez ; voilà ce que l&rsquo;on fait du mien, de nos impôts, de
nos efforts. Voilà ce que l&rsquo;on fait du travail de ces dizaines de milliers de
braves ouvriers qui, du matin au soir, d&rsquo;un bout de l&rsquo;année à l&rsquo;autre,
s&rsquo;épuisent à tourner des obus, à fabriquer, au péril de leur vie, des explosifs
dangereux dans des établissements pleins de courants d&rsquo;air, à monter des avions
qui, eux non plus, ne devraient pas revenir mais qui reviennent parfois. On m&rsquo;a
cité des cas. La vie blesse.</p>
<p>Oh, qu&rsquo;une bonne partie de la responsabilité de tout ceci incombe à l&rsquo;ennemi,
cela, Magnificence, je n&rsquo;en disconviens pas. C&rsquo;est grave, certes. L&rsquo;ennemi, lui
non plus, ne fait pas son devoir. Mais tout de même, reconnaissons que nous
essayons de le gêner. Un ennemi un peu aidé nous détruirait jusqu&rsquo;au dernier.
Or, loin de l&rsquo;aider, nous lui donnons dans le nez de l&rsquo;arme rouge, de l&rsquo;arme
blanche, du mortier, du canon, de la bombe variée, du napalm ; si parfois,
comme en 1940, nous usons d&rsquo;une tactique neuve, tentant de l&rsquo;induire à courir
très vite pour tomber à la mer, emporté par son élan, reconnaissons que de tels
exemples sont rares et qu&rsquo;en 1940, en tout cas, la technique n&rsquo;était pas au
point puisque nous n&rsquo;avons pas sauté dans l&rsquo;eau les premiers pour l&rsquo;attirer à
notre suite.</p>
<p>Mais, quoi !&hellip;à chaque guerre, le même phénomène navrant se reproduit : on
engage, en masse, des amateurs. La guerre, pourtant, ce n&rsquo;est pas n&rsquo;importe
quoi ; c&rsquo;est fait pour tuer les gens et ça s&rsquo;apprend. Or, que se passe-t-il ?
Chaque fois, dans les deux camps, au lieu de confier à des mains
professionnelles l&rsquo;infinité de tâches délicates qui concourent à la réussite
des belles campagnes, on embauche des milliers de manœuvres non spécialisés et
on les fait instruire par des guerriers professionnels âgés ou de grade
inférieur, donc qui ont raté une guerre précédente. Comment veut-on que
l&rsquo;esprit des recrues — et certaines ne demanderaient pas mieux que de se
dévouer à la cause de la guerre — acquière les qualités nécessaires à la
réalisation parfaite d&rsquo;une guerre idéale ? Sans nous y attarder, ne faisons
qu&rsquo;effleurer au passage le terme &quot; mobilisation &ldquo;. Croyez-vous que le dessein
du législateur, en employant ce mot, ait été, justement, d&rsquo;&rdquo; immobiliser &quot; les
mobilisés dans les casernes ? Pour moi, éclairé que je suis déjà par mes
réflexions, la contradiction ne saurait surprendre ; elle procède purement et
simplement de l&rsquo;esprit de sabotage entretenu par les survivants des guerres
passées.</p>
<p>Imaginons, par un vol majestueux de l&rsquo;esprit — et celui de Votre Magnificence a
l&rsquo;envergure apte à ces élans immenses — une guerre réussie. Imaginons une
guerre où toutes les munitions sont épuisées, tous les ouvriers à court de
matières premières, tous les soldats et tous les chefs abattus — et ceci de
part et d&rsquo;autre, dans les deux camps. Ah, je le sais bien, tel résultat
exigerait une minutieuse préparation ; et l&rsquo;on vous déclare les guerres avec
une légèreté, une désinvolture, qui rendent irréalisable cette guerre idéale en
vue de laquelle, contre toute espérance, nous continuons — et nous continuerons
— de verser notre obole quotidienne.</p>
<p>Mais imaginons, Magnificence, imaginons ce combat dont pas un combattant ne
réchapperait ! Voilà qui serait résoudre le conflit. Car un problème ne se pose
pas. Votre Magnificence sait qu&rsquo;on le pose. Il n&rsquo;est que de supprimer cet &quot; on
&ldquo;. De même, un conflit sans combattants n&rsquo;est plus un conflit, et il ne survit
jamais à leur disparition.</p>
<p>J&rsquo;ai vilipendé — non sans raison. Votre Magnificence me l&rsquo;accordera — les
amateurs ; mais le plus triste, c&rsquo;est que certains professionnels ne font pas
leur devoir. Certes, il est inadmissible qu&rsquo;un mobilisé ordinaire revienne
intact du front ; mais c&rsquo;est qu&rsquo;on a le tort de mobiliser n&rsquo;importe qui, et en
trop grand nombre. Que Votre Magnificence me donne une armée de cinquante
hommes, et je me fais fort de la contrôler ; je lui garantis qu&rsquo;aucun des
cinquante hommes n&rsquo;en reviendra, dusse-je les abattre de mes mains et sans
l&rsquo;aide de l&rsquo;ennemi ; mais un million d&rsquo;hommes. Magnificence&hellip; non. Un million,
je ne peux plus rien lui garantir. Mais là n&rsquo;est pas l&rsquo;argument ; le plus
tragique, c&rsquo;est que des soldats de carrière réchappent de la guerre. Jadis, les
officiers chargeaient à la tête de leurs troupes ; ils savaient bien, eux, que
leur mort était essentielle à la bonne marche de la guerre, grâce au jeu de
l&rsquo;avancement qui plaçait immédiatement le subalterne le plus qualifié au point
le plus dangereux, celui où le chef venait de périr. De nos jours, on semble
mettre cette notion de base en doute ; on a vu des généraux modernes dépasser
cinquante ans et commander leurs forces depuis des P. C. disposés à l&rsquo;arrière,
voire abrités. L&rsquo;on m&rsquo;assure, et je suis tout prêt à le croire, que ceci a
l&rsquo;heureux effet d&rsquo;étendre le champ des opérations et de multiplier ainsi les
risques, en allongeant l&rsquo;attaque adverse ; les avions, me dit-on, sont
actuellement assez nombreux pour inonder de bombes des surfaces importantes. Ce
raisonnement me semble suspect ; on sait bien, hélas, que certaines bombes
manquent leur but, que toutes, malheureusement, n&rsquo;explosent pas ; que le
maladroit et grossier camouflage grâce auquel on tente de mettre en valeur les
cibles de choix voit souvent son effet annulé par la malignité de la nature,
qui réussit dans certains cas à l&rsquo;imiter. Pourtant, on conçoit encore, je
l&rsquo;admets, que les professionnels de la guerre, irrités par l&rsquo;idée de n&rsquo;avoir
que des amateurs à leur disposition, cherchent à s&rsquo;en débarrasser le plus vite
possible en les expédiant à l&rsquo;avant-garde. Or, ils y rencontrent d&rsquo;autres
amateurs, ennemis, oui mais aussi maladroits qu&rsquo;eux-mêmes, et le conflit
s&rsquo;éternise comme il le fit, paraît-il, à Verdun voici une quarantaine d&rsquo;années,
ces pauvres gens ne parvenant pas à s&rsquo;exterminer malgré l&rsquo;aide intensive de
l&rsquo;artillerie des deux camps. La discussion est délicate ; il y a, sans doute, à
déterminer l&rsquo;ordre dans lequel il faut éliminer les officiers des différents
grades pour obtenir de la guerre son rendement maximum. Des chaussetrapes
surgissent à chaque pas : par exemple, si un général est adroit, vaut-il mieux
qu&rsquo;il soit tué rapidement ou non ? Le calcul est délicat. S&rsquo;il est très adroit,
il tue ou fait tuer de nombreux ennemis sans perdre trop d&rsquo;hommes ; mais s&rsquo;il
ne subit pas de grosses pertes, c&rsquo;est que le général ennemi devant lequel il se
trouve n&rsquo;est pas très adroit ; en ce cas, comment dire du premier qu&rsquo;il est
très adroit, s&rsquo;il se borne à triompher de maladroits ? et s&rsquo;il n&rsquo;est pas très
adroit, ne serait-il pas bon — du point de vue de la guerre, toujours — qu&rsquo;il
fût tué rapidement ? Le problème, je le dis, est très épineux et fait
intervenir le calcul des probabilités. Naturellement, on peut dire, en gros,
qu&rsquo;il serait bon qu&rsquo;un général disparût au moment où il a fait un quota
déterminé de victimes ; une étude statistique donnerait des chiffres
provisoirement acceptables pour le minimum exigible.</p>
<p>Il ne reste pas moins de tout ceci, pour revenir à l&rsquo;exemple de l&rsquo;officier
chargeant jadis à la tête de ses troupes, que (et c&rsquo;était le cas) lorsque des
professionnels sont en présence, la guerre réussit beaucoup mieux (tout est
relatif) que lorsque les amateurs abondent sur le terrain. Un homme, à mon
sens, s&rsquo;est conduit, jadis, à merveille : c&rsquo;est celui qui, à Fontenoy, lança la
phrase, fameuse à juste titre : &quot; Messieurs les Anglais, tirez les premiers. &quot;
A n&rsquo;en pas douter, dans son esprit, les Français devaient tirer en même temps ;
c&rsquo;était la façon de réaliser un carnage maximum : réunir, au point fixe, les
troupes, et se fusiller à bout portant. Sans doute trahi par des subordonnés
d&rsquo;esprit lent, cet homme, ce vrai soldat, n&rsquo;en obtint pas moins un résultat
satisfaisant. Depuis, des stratèges improvisés ont inventé la guerre droite, la
guerre de mouvement, la guérilla, le harcèlement, le décrochage, le repli sur
des positions préparées (oh ! hideux pléonasme) à l&rsquo;avance, toutes tactiques
qui ont l&rsquo;avantage de gâcher énormément de matériel et de coûter fort cher,
mais qui négligent l&rsquo;essentiel : la disparition du combattant.</p>
<p>Votre Magnificence me pardonnera le désordre de ces réflexions que je jette
tout à trac, notées comme elles me sont venues ; mon indignation n&rsquo;a pas laissé
à ma pensée le temps de filtrer et de mettre à sa place chacun des éléments qui
venaient s&rsquo;offrir à l&rsquo;alimenter. Cette lettre part du cœur ; je me suis soudain
vu bafoué, volé, floué ; nous n&rsquo;avons pas les guerres pour lesquelles nous
payons, et je ne suis pas content : Votre Magnificence ne niera pas qu&rsquo;il y
avait de quoi.</p>
<p>Qu&rsquo;on se réveille donc, il est temps encore ; allons contre ce courant
dangereux qui nous entraîne vers les gouffres. Qu&rsquo;on me croie : le jour où
personne ne reviendra d&rsquo;une guerre, c&rsquo;est qu&rsquo;elle aura enfin été bien faite. Ce
jour-là, on s&rsquo;apercevra que toutes les tentatives avortées jusqu&rsquo;ici ont été
l&rsquo;oeuvre de farceurs. Ce jour-là, on s&rsquo;apercevra qu&rsquo;il suffit d&rsquo;UNE guerre pour
effacer les préjugés qui s&rsquo;attachent encore à ce mode de destruction. Ce
jour-là, il sera, à jamais, inutile de recommencer.</p>
<p>Le 29 sable 86, vacuation de Bombe.</p>
<p>P.-S. — On s&rsquo;enquiert auprès de moi de la conduite à tenir vis-à-vis de ceux
qui reviennent des guerres actuelles. Sachez que cela m&rsquo;indiffère ; ce sont des
guerres falsifiées, il est bien vrai, mais surtout ce ne sont pas mes guerres.
En bonne logique, on devrait abattre tous ceux qui reviennent intacts et
tolérer — pourvu qu&rsquo;ils se taisent — ceux qui reviennent partiellement morts,
mutilés ou blessés. On préférera, évidemment, ceux qui reviennent déprivés de
l&rsquo;usage de la parole, et l&rsquo;on interdira absolument à tous, quels qu&rsquo;ils soient,
de se targuer du titre &quot; ancien combattant &ldquo;. Une seule dénomination convient à
cette vermine : celle de &quot; ratés de la guerre &ldquo;.</p>
<p>1er décervelage 86 <br>
Dossier 7 du Collège de &lsquo;Pataphysique <br>
(11 gidouilïe 86 = 25 juin 1959).</p>
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